Lundi 4 mars 2024 est devenu un jour ô combien historique qui sera marqué d’une pierre noire dans l’histoire constitutionnelle, civique et morale de notre nation.
Le parlement réuni en Congrès à Versailles vient de faire entrer dans la Constitution le droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), le droit à l’avortement, par 780 voix pour, 72 voix contre et 50 abstentions !
Quel drame pour les promoteurs de la vie !
En France, en 2022, nous avons connu 234 300 avortements et 726 000 naissances, soit un rapport de 32 avortements pour 100 naissances.
Nous le savons et nous le redisons :
L’avortement est un drame à multiples facettes.
Un drame pour l’enfant qui ne vivra pas.
Un drame pour la femme qui sera marquée à tout jamais par cet acte, mais aussi un drame pour l’homme, quand il est partie prenante.
Un drame pour la société dans laquelle cela se passe car cette société constate son propre échec.
Un drame pour les soignants fourvoyés dans ces pratiques si contraires à l’éthique de l’engagement médical.
Rappelons-nous le contexte dans lequel cette proposition a été formulée. Au lendemain de la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis d’Amérique de revenir sur l’arrêt Roe vs Wade, rendant à chaque état son autonomie législative sur ce sujet. Ce combat ne nous concerne pas ! Notre structure de droit n’est pas la même.
Avec cette initiative, le pouvoir prétend vouloir « sanctuariser le droit à l’avortement » en l’inscrivant dans la Constitution. Les mots employés sont violents car ils sous-entendraient que notre Constitution rendrait « saint » la mort d’un enfant dans le ventre de sa mère.
Qui aujourd’hui menace l’avortement en France au point de vouloir le protéger dans le texte qui a la plus grande importance dans notre pays ?
Quelle révolution anthropologique, quelle inversion des valeurs avons-nous vécu pour qu’en 1975, la loi qui dépénalisait l’avortement comme possibilité d’une urgence devienne en 2024 l’invocation d’un prétendu droit fondamental ?
Le Président de la République, le Gouvernement, les parlementaires instrumentalisent la question de l’avortement pour se racheter une virginité à bon compte et faire oublier leurs piètres résultats en matière économique, sociale et politique. Ils jouent avec le texte qui est censé garantir la solidité de nos institutions et qui n’est en aucun cas un catalogue de droits sociaux et sociétaux.
Charles Péguy disait : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles. ». Cela est vrai et se confirme tous les jours. Nous voyons combien les démagogies et leurs thuriféraires triomphent car ils proposent la simplicité de la pensée en opposition à la vérité de la vie et du réel. Mais nous voyons aussi combien les dégâts qu’ils ont causés abîment la société et les personnes.
Nous devons maintenant lancer une véritable réflexion nationale pour réduire ce nombre d’avortements qui ne cesse de croître depuis tant d’années. Notre action collective doit investir plusieurs axes :
L’éducation et la prévention : comment accompagner la jeunesse dans la découverte du corps et de la sexualité en encourageant des comportements sains et en éduquant à la beauté ? Il n’y a rien de plus beau que l’union d’un homme et d’une femme qui s’aiment et qui sont véritablement ouvert à la vie. Il faut retisser le lien naturel entre amour, sexualité et procréation, gommé par l’illusion de notre hubris techniciste ainsi que les chimères d’une société hyper sexualisée dont l’horizon ultime est la pornographie. Nous devons proposer une véritable éducation affective, relationnelle et sexuelle à notre jeunesse, en leur permettant de poser de vrais choix de vie.
L’accompagnement des femmes et des couples qui pour différentes raisons sont confrontés à ce choix, en leur proposant des solutions concrètes qui peuvent être de les accompagner, de les soigner, de proposer leurs enfants à l’adoption, de les soutenir financièrement, de les écouter tout simplement.
D’accompagner les femmes et les hommes ayant été confrontés à ce drame, en leur permettant de se réparer en en parlant, en faisant eux-mêmes le deuil de cet enfant qui n’a pas vu le jour, en guérissant leur fécondité, en guérissant leur regard sur la sexualité.
Ces pistes ne sont pas exhaustives, elles doivent être accompagnées par les pouvoirs publics et peuvent être mises en œuvre par l’action privée ou associative.
L’introduction du droit à l’avortement comme liberté fondamentale dans la Constitution va aussi poser la question de la clause de conscience des médecins et autres personnels soignants, pourront-ils continuer à refuser de pratiquer cet acte ? Mais, nous devons aussi nous interroger sur la liberté d’expression par rapport à l’avortement, pourrons-nous continuer à dire notre refus de voir un enfant à naître mourir dans le sein de sa mère ?
L’urgence n’est pas à se réjouir que la permission de donner la mort soit inscrite dans notre loi fondamentale mais elle est de guérir notre société, de la purger de sa culture de mort afin de lui redonner la force de développer les germes de la culture de vie pour continuer de permettre à notre pays de participer activement à l’histoire de l’humanité.
Frantz Toussaint
Président de la Fédération des AFC du Morbihan


